fchazal, quondam incipio auctor ab MMVII

Mimine, adieu…

Rassure-toi, je ne pleurerai pas, tu me l’as fait promettre voici 6 mois de cela. Tu n’étais pas là et c’était déjà un pilier qu’on enlevait de mes fondations. Aujourd’hui on retire le dernier, j’espère que la maison est solide, nous verrons…

Mes souvenirs sont biens confus, autrefois la Mamy stricte du brossage de quenottes obligatoire, de la marche digestive imposée. Les vacances chez toi avaient par moment des avant-goûts de service militaire ponctué de ces morceaux de chocolat distribués avec malice.

Avec l’âge les souvenirs se meuvent et peu à peu le Caporal Quenotte a cédé la place à ma Mamy sourire, ma Bonnemine, ma mimine, toujours à vouloir sourire à la vie. Tu étais la Mamy tarte au thon, framboisier, guignolet et – il va sans dire – pain-beurre-chocolat ! On devrait l’écrire sur le marbre celle-là, on y est tous passés, on y a tous gouté, on l’a tous plébiscité.

Alors pour tout le monde, c’est pas compliqué, vous prenez du Lindt au lait (les marques c’est important avec toi) comme tu l’aimais, vous le rapez avec le couteau en morceaux inégaux (oui ça fait partie du plaisir), vous prenez du Plantafin (oui c’est pas du beurre mais c’était comme ça chez toi et le goût est inimitable) et une baguette fraîche (une vraie baguette, le goût du pain, du vrai, du bon, tu l’avais dans le sang), pour l’assemblage, rien de plus facile, on met une belle couche de margarine sur une belle tranche de pain et on l’écrase avec doigté sur l’assiette remplie de copeaux de chocolats. Succès garanti, le Nutella tu ne connaissais pas !

Chez toi, c’était confiture de griotte, fruits de saison et bon pain, sourire de rigueur, joie de vivre et bonne chère. On y mangeait bien, ma gourmandise doit venir de là.

Oui, oui, je sais Mamy, j’en ai un peu trop profité dernièrement… Je vais faire un effort, promis. Regarde déjà, j’ai pris un peu de couleurs en Bretagne ! C’est pas comme les cousins, toujours hâlés… Qu’y puis-je si je suis tombé du côté cérébro-maladif de la famille ?

Non, non, je ne me plains pas, ne pas se plaindre… jamais… c’est IN-TER-DIT ! Ah ça, la fin a été pénible pour toi, cela devenait difficile de ne pas t’attrister en te voyant diminuer jour après jour.

Chez toi c’était Sardou, 4-21, rigolades et magazine de la santé, non que les sujets t’intéressaient particulièrement, mais bon il faut avouer qu’il était tellement drôle Michel Cymès. C’est comme la carte aux trésor, c’était beau tous ces paysages, le reste n’avait que peu d’importance. Voilà ta marque de fabrique, ne te prends pas au sérieux, regarde le beau, profite du drôle, et avance malgré les épreuves.

Car les épreuves, tu en as eu ton lot… Fille cadette d’une grande famille, ils sont tous partis l’un après l’autre, ton mari aussi, t’offrant une troisième vie bien remplie, les voyages, les sorties, et puis Papy et Mamie aussi. Elle, elle t’en a fait un coup ; c’était il y a 6 mois, deux jumelles aussi contrastées que Janus. Encore une fois tu étais la cadette mais de peu… Certes, tu rigolais mieux avec Papy mais lui ça fait longtemps, il est vrai qu’on ne l’oublie pas facilement ce pitre selon Saint Mathieu.

Ton divan c’était la table de la cuisine, on y partageait tout, la boisson, les confidences, les souvenirs, les tartes aux abricot. Ah ça, si les murs pouvaient parler, cette pièce serait un hall de gare.

On y a partagé jusqu’au bout… Vers la fin tu n’étais qu’une petite brindille mais toujours le sourire aux lèvres, de plus en plus crispé, la vie n’était plus drôle. Plus de jardin, plus de télé, plus rien… Toi qui avait fait de ta vie un mouvement incessant, tu ne pouvais plus rien, n’avais plus goût à rien. Cette pensée qui t’assaillais jour après jour s’est enfin tue, et te voici enfin en paix.

Malgré ma promesse, tu n’empêcheras pas ma tristesse. Tu resteras mon rayon de soleil, ma mimine…

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1 Comment

  1. MARTINE CHAZAL

    c’est tellement vrai ce que tu écris là

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